mercredi

Légion d'honneur à Fernando Arrabal


Le clou de la soirée à la Fondation Cartier pour l'art contemporain… Jack Lang allait remettre la légion d'honneur à… Fernando Arrabal . Arrabal accepte cette distinction créée par Napoléon, Surprise d'autant que la nomination d'Arrabal remonte au 14 juillet 2005. Au jour J et à l'heure H, les invités se pressent. Les femmes sont toilettées. Jack Lang est impeccable: blazer bleu, chemise rose avec cravate noire. Son teint buriné capte la lumière des caméras. Son cou se tend de façon inimitable vers son interlocuteur. La salle est pleine. Beaucoup de PTI (personnes très importantes) : Michel Piccoli est en retrait, tout discret, Christine Angot royale, Pierre Bergé virevolte, Jean-Marie Colombani, le directeur du Monde scrute, Michel Houellebecq rase les murs, baissant la tête comme marchait feu Pacadis, Agnès Varda est entourée et d'autres comme Viviane Forrester, Pierre-André Boutang, le directeur du CNC etc. attendent le début de la cérémonie. Le silence se fait. Jack Lang attaque. Il chausse ses lunettes, cisèle ses phrases. Il a toujours son truc épatant des trois adjectifs avec inflexion crescendo, mais dans la sobriété ici. Pas plus de 7 min . Une fois la médaille remise… Arrabal a prévu « trois heures de discours, mais n'en fera qu'une ». Cet génie de 74 ans parlera finalement une dizaine de minutes. Il pétille autant que la première fois où l'on s'est croisé, en 1983, à Linares. Lui et l'organisateur Rentero étaient du pain béni pour la presse espagnole! Il mentionne le jeu d'échecs, cite des jeunes champions que personne, dans la salle, en dehors de lui et moi ne connaît, me prend à témoin. Regards convergents… Son allocution passe enfin en revue tous les géants de la culture qui l'ont façonné (voir son site). Sa carrière est longue, il joue à saute-mouton avec les années. Il conclut par un « viva la muerte, viva la suerte » chaudement applaudi. . Mais que la fête commence. Jack Lang donne le top départ du champagne, du vin, des asperges chaudes et autres régalades. Les mondanités vont débuter. Le tourbillon autour des tables de cocktail commence. Paris est magnifique de la terrasse, au huitième étage. Jack est très entouré. Détendu. Sollicité, évidemment. Arrabal est au top de sa forme, sous les flashes également. Il raconte beaucoup d'anecdotes: Spassky, pressenti pour la légion d'honneur, qui la refusa puis se rétracta - mais trop tard - quelques années plus tard. Sa visite de kibbitz en 1973 dans un championnat d'URSS grâce à une ancienne correspondante de l'AFP lui ayant obtenu une place. Les derniers invités s'éparpillent. Beaucoup attendent le ballet de taxis. N ous sommes à Hollywood. Rideau
Allocution de ernando Arrabal
[Note de l'auteur : J'ai lu mon allocution, comme d'habitude, en l'abrégeant ou l'allongeant ; et en la parant des roucoulements de l'improvisation.] :
« Voilà 480 ans, dit la légende, s'échappa de sa demeure, ses colombes et ses immortelles une petite fille extra-terrestre d'Avila, Thérèse. Elle aimait le théâtre, transportée par ses frissons. Elle était fascinée par le jeu d'échecs et ses tourbillons. Des siècles plus tard elle deviendra la sainte patronne de l'art-science de l'échiquier, celui de Marcel Duchamp. Après plusieurs jours de fugue elle aurait déclaré aux alguazils qui l'avaient découverte : « Je m'échappais loin de chez moi pour trouver les douleurs et les grâces du 'destierro', à Paris… pour conquérir la gloire'. Aujourd'hui, la dixième joueuse du monde, une autre petite fille extra-terrestre, cette fois âgée de douze ans et championne de Chine, Yifan Hou, répète que son rêve est de 'vivre la modernité, émigrée à Paris'.



« Ils ont tous émigré (ou disons beaucoup). Ils sont arrivés en exil pour, finalement, créer la Modernité. Luis Vives et Ignace de Loyola ainsi que Tommasso Campanella (mort à Paris le 21 mai 163 9), et mille autres, furent les précurseurs. Dès le début nous avons été très nombreux, nous autres Espagnols : Miro la grâce, Dali la connaissance, Juan Gris la découverte ou Picasso la joie. {Quand Michel Houellebecq et moi avons corrigé mon texte [au Dôme -café culte et de tradition - une heure avant la cérémonie] il a préféré que j'accole le 'commerce' au nom de Picasso}. Puis viendront les lions de salon ou les minets de la jungle et de tout feuillage comme le Russe Alekhine, le polycéphale Bourbaki, l'Italien Modigliani, le Roumain Tzara, le Tchèque Kundera, ou le 'Réunionnais' Houellebecq {cette fois, celui-ci a voulu que je le nomme (avec plus d'exactitude) , 'créole'}.
« Mais surtout au coeur de la Modernité a été créé le seul théâtre d'aujourd'hui qui traverse les frontières. Un théâtre qui met en scène la renaissance, le frémissement et la terreur de la littérature contemporaine. Un théâtre qui, par ses griffes et ses prévisions, annonçait hier la disparition des titans et la venue des dieux. On nous a baptisés de diverses manières. De la façon la plus infamante on a voulu claquemurer nos œuvres dans la caserne "avant-garde". L'appellation qui a le plus ébranlé les paradoxes ('théâtre de l'absurde') n'a pas enthousiasmé Beckett. En recevant le livre d'Esslin et en nous voyant, nous, les quatre pionniers de cette aventure, sur la couverture du livre fondateur, il m'a dit: 'Théâtre de l'absurde, quelle absurdité!' {Ici, Houellebecq m'a demandé de prolonger ma revue des nourrices et des berceaux de notre théâtre (Depuis les catacombes de Saint-Germain jusqu'au off off de New York) Et pendant une heure au moins. [Je tiens à rassurer l'auditoire en affirmant que je ne mettrai pas en pratique ce conseil. Bien que Michel Houellebecq, changeant d'opinion, ait répété : "il faut tenir trois heures"]}
« Avant de faire don de sa personne (hélas !) à la République Française, Jack Lang a été le premier à célébrer avec du laurier et des éclairs les fêtes et rites de la scène avec son Festival de la modernité théâtrale. Avec quel plaisir j'ai pu parcourir en compagnie de 'Jack et Monique' les scènes et vigies de Chiraz, Belgrade, Edimbourg, Valence (Californie), Caracas ou Tokyo. Malheureusement aujourd'hui je ne les vois plus dans les « barracas » et sur les tréteaux du grand théâtre du monde, …enchaînés qu'ils sont au char de l'Etat.
« Nous, les dramaturges qui avons conçu ce théâtre de la modernité nous étions ou sommes des exilés: l'Irlandais Beckett, le Roumain Ionesco, le Russe Adamov ou le Polonais Topor. Au nom de tous j'ai reçu mercredi 29 novembre l'honneur légionnaire (la Légion d'Honneur) qu'ils méritaient infiniment plus que moi, et précisément des mains de Jack Lang. { « Découverte scientifique : l'effet magique de la Légion d'Honneur voyage à la vitesse du son et non de la lumière » me dit, tout heureux (mais oui !) Houellebecq, depuis l'appel de Mirto.}
« Dans notre théâtre seul l'ours pelé s'accouple avec la tortue "décarapacée ". Mais sous le volcan.
« Le chant des choristes laquais empeste sous le ventilateur du pouvoir.
« Loin de "notre théâtre" le scribouillard officiel écrit à la sueur de son front, atteint de rhumatismes
« Nous 'desterrados' (et fondateurs de la modernité) vivons éparpillés en exil, avec humilité, campanules et couronnes. Ou nous nous réunissons en groupuscules de roc blindé. Nous sommes, comme les petites filles extra-terrestres, Thérèse d'Avila et Yifan Hou de Pékin, tous les mêmes, ceux d'hier, d'aujourd'hui et de demain, les sages et les fous, les héros et les insensés. Nous ne sommes pas venus pour vivre mieux ou moins mal, car nous nous efforçons d'appartenir à le légion des quichottes, des chevaliers errants, avec des paroles de beauté et de science et d'humour. VIVA LA SUERTE » F.Arrabal.

Francia condecora la rebeldía «congénita» de Fernando Arrabal

El escritor dice sentirse en el éxtasis de Santa Teresa al imponerle Jack Lang la Legión de Honor
RUBÉN AMON. Corresponsal PARIS.- Fernando Arrabal se cuadró como un soldado primerizo cuando Jack Lang le colocó en el pecho la medalla de la Legión de Honor. Era «la solemne culminación de una trayectoria valiente y paradójica», según dijo el ex ministro de Cultura francés, aunque Arrabal prefirió interpretarla como un camino hacia el éxtasis en nombre de Santa Teresa de Jesús.
La proclamación se granjeó la carcajada de los asistentes en la azotea de la Fundación Cartier, una vista panorámica de París que acercaba a Fernando Arrabal al cielo sin perder de vista la complicidad terrenal de su «lazarillo».
Hablamos de Michel Houellebecq, referencia transgresora de las letras francesas e invitado inseparable del premiado en un acto previsiblemente surrealista y aristocráticamente parisino al compás de la gauche caviar.
Porque la izquierda francesa come ostras y bebe champagne. Mucho más cuando se trata de rendir homenaje al dramaturgo, cineasta, poeta y escritor que mejor ha sobrevivido a las sacudidas de todas las vanguardias. Ya lo decía ayer la cineasta Agnès Varda mirando de reojo la medalla en el pecho del camarada Arrabal: «Adoro a este personaje. Adoro sus obras. Ha sido una fuente de vitalidad para la cultura, una luminaria a contracorriente que tiene el mérito de haber preservado su vigencia y su actualidad».
Unos y otros elogios coinciden implícitamente con la exhaustiva semblanza que Jack Lang trazó en la tribuna de oradores. No sólo recordó el compromiso de Arrabal con la libertad y con la cultura.
También hizo un panegírico entusiasta de sus ambigüedades y de sus contradicciones. Incluidos los desórdenes con la castidad y el oxímoron de la inexorable lucidez. «Fernando Arrabal», puntualizó el alfil de Mitterrand, «ha sido esencialmente un viajero. Un viajero en términos biográficos y un viajero en términos culturales que ha sabido oscilar sin miedo y sin prejuicios para enriquecer la identidad de la cultura francesa... y no sólo francesa. Fernando Arrabal ha sido, ante todo, un desobediente congénito». El acontecimiento estaba previsto a las 18 horas y 29 minutos. Un guiño arrabalesco que el premiado despreció llegando tarde y que luego compensó audazmente con el micrófono sobre el escenario.
«Fue en esta ciudad donde refundamos el desorden y el caos. Ahora me siento en éxtasis, como Teresa de Avila. Y reivindico la esperanza de que nuestro mundo lo pueblen los quijotes. En el fondo soy un patriota. Así que van a permitirme despedirme de ustedes en español: viva la suerte».
El texto del discurso de agradecimiento lo habían escrito mano a mano en un restaurante Fernando Arrabal y Houellebecq. Así se explican los pasajes herméticos e inescrutables, aunque ambos colegas prefirieron definirlo como un ejercicio de poesía sublime en homenaje a San Ignacio de Loyola, a Picasso, a Juan Gris y «a los exiliados españoles en general».
Era una manera de mirarse en el espejo. De hecho, Fernando Arrabal, orgulloso de llevar en el pecho otra condecoración «la medalla de trascendente sátrapa», dio a entender que su sueño había sido vivir en París. Y que lo había conseguido.

EL PUNT (en català) 30.XI.06


EL PUNT (en català) 30.XI.06


Legionari d'honor la crònica JORDI SOLER.


+ En el fotomuntatge, Arrabal ocupa el lloc de Napoleó.
Mantinc amb l'universalment reconegut dramaturg Fernando Arrabal una curiosa amistat. A mitjan dècada dels 60, a les golfes del mas que l'inoblidable Ramon de Batlle i la seva plorada esposa Juanita –Fulgència com a pintora, i morta fa poc temps– tenien a Riudellots de la Seva, la companyia del Théâtre La Croix-Rousse de Lió va escenificar l'obra Fando et Lis, de l'esmentat Arrabal. Es tractava d'una representació privada, només per als amics, però aquella gloriosa nit érem a Riudellots, no només els que Ramon de Batlle tenia a Girona, sinó força il·lustres representants del món cultural barceloní. Hi faltava, curiosament, Fernando Arrabal. Després ens vam anar assabentant de qui era l'autor de l'obra en qüestió. Era un home que pintava, que feia cinema, que escrivia, que en sabia un niu de jugar a escacs i que residia habitualment a París, entre altres coses. Quan aquest diari es va apuntar a internet –quina eina, per a nosaltres!–, vaig poder accedir a la web del senyor Arrabal, i de la web, a la seva adreça electrònica. A partir d'aquesta troballa, jo li faig arribar gairebé cada dia la tira d'en Sísif, li escric e-mails que procuro que siguin divertits i extravagants –per respecte a la seva condició de sàtrapa patafísic–, li envio palíndroms en català i, també, algunes bagatel·les eròtiques que sé que li agraden prou. Arrabal ha escrit onze novel·les, un centenar de llibres de poesia, un centenar d'obres de teatre publicades en dinou volums i ha rodat set llargmetratges. A Espanya li han concedit la medalla de Belles Arts, el premi d'assaig Espasa, la medalla d'or del Círculo de Bellas Artes i la medalla d'or de la ciutat de Melilla. El 1984 va guanyar el Nadal de novel·la, i, el 1998, el Mariano de Cavia. França tampoc s'ha oblidat d'ell: premi Lugné Poë de teatre, grand prix du Théâtre, grand prix de l'humour noir, chevalier des Arts et les Lettres ... i set alts reconeixements més. És medalla d'or del Ministeri de Cultura d'Egipte, i a Nova York ha estat distingit amb l'Obie award, el Worlds Theater prize i la medalla del Center of French Civilisation. I mentre escric aquestes línies, avui –ahir per al lector– dimecres 29 de novembre, a París, a la Fundació Cartier per a l'Art Contemporani, el diputat i exministre de Cultura francès Jack Lang li lliurarà les insígnies de cavaller de la Legió d'Honor juntament amb l'escriptora i periodista Laure Adler i Otar Losselliani, de qui aquesta gran eina que és internet només diu «la cerca otar losselliani no concorda amb cap document». Fernando Arrabal ha estat vist en espais televisius fent coses sorprenents, com aquella vegada amb Fernando Sánchez-Dragó i André Malvy, o aquella altra donant respostes d'una admirable solvència intel·lectual a Jesús Quintero. No sé si el corresponsal de TVE a París, Paco Audije, que també és amic seu, enviarà algun reportatge de l'esdeveniment a Madrid. Esperem que sí. En qualsevol cas, felicitats de tot cor, mon vieux!

Arrabal et la Pataphysique rendent les oeuvres chevelues au Palais de Tokyo

Arrabal et la Pataphysique rendent les oeuvres chevelues au Palais de Tokyo

Journal Le mage 1- 04 - 2007







Le Palais de Tokyo accueillait hier et aujourd’hui 1 avril « les états généraux du poil » , sur une idée originale et poétique du Collège de pataphysique. Ce Collège créé en 1948 prône la philosophie du Dr Faustroll, un personnage imaginé par Alfred Jarry (1873-1907). La pataphysique donne des solutions imaginaires à des problèmes qui ne se posent pas. Arrabal est le plus fervent animateur et artisan de la pataphysique en France.
Parmi les divers intervenants scientifiques, Catherine Vidal, directrice de recherche à l’Institut Pasteur, a disserté sur « la modification des cellules cérébrales quand le poil pousse dans la main ».
Claude Gudin, biologiste du végétal (2), nous a apprendri tout sur « la pilosité des femmes jalouses » et Pascal Picq (Collège de France) nous a éclairé sur « Bosse-de-Nage et la mutation PCR ». Bosse-de-Nage était le souffre douleur simiesque du Dr Faustroll à qui ce dernier avait greffé la peau des fesses sur le visage. Beau programme.
Le cinéaste Fernando Arrabal et le compositeur génial du Sud Ouest et ami de Nougaro Bernard Lubat ont interprété pour la première fois en public un air composé pour l’occasion : « le chant du cheveu », en hommage à la cantatrice chauve d’Eugène Ionesco.
Ce concert était précédé par « Poils bretons », interprété par le duo celtique composé de Yann Fanch Kemener et d’Aldo Ripoche.


Tandis que Jean-Christophe Averty, génie du petit écran des années 70-80 a présenté une série de chansons « le poil et les poilus » et d’autres artistes ont ainsi célébré le poil dans toutes ses dimensions.
Rien de plus effrayant que le chauve, on est bien d’accord !!
A noter qu’il y a peu notre ami, le dramaturge et cinéaste Fernando Arrabal a été fait Docteur Honoris Causa par l’université Aristote de Salonique en Grèce.


Arrabal et la Pataphysique rendent les oeuvres chevelues au Palais de Tokyo
2 avril 2007 09:33
C’étaient trois journées incroyables au Palais de Tokyo ! À part quelques interventions de type banalement universitaire, la teneur de ces « états généraux » était bien dans la science du particulier et le l’exeption. Même les très sérilleux Loréal ou Institut Pasteur se sont mis au diapason pataphysique...
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Claude Gudin : "Une histoire naturelle du poil" (Editions du Panama, 2007) ,
préface de Fernando Arrabal

mardi

« Quisiera ser como mi padre, un santo pagano »

« Quisiera ser como mi padre, un santo pagano »
El Semanal, 11 de septiembre.Texto : David Benedicte

ARRABALAcaban de hacerle miembro de la Legión de Honor francesa. Pero, como no podía ser de otra manera, a este polifacético autor (es cineasta, dramaturgo, poeta y novelista) le ha pillado trabajando. Ultima el que será su octavo filme, Yo, de carácter autobiográfico. Charlamos con él.«Me hacéis trabajar mucho», exclama al conocer que, tras nuestra charla, tendrá que posar para las consabidas fotos. «Además, estoy adelgazando demasiado como para que me den el Nobel», añade. Pulula, impredecible, por el jardín del hotel. Pide, al rato, un vaso de agua. Se lo echa encima, entero, por la cabeza. Nadie sabe qué hacer, dónde meterse. Luego se sienta y aguarda, sonriente, mis preguntas. Se llama Fernando Arrabal [Melilla, 1932] y dice que se aburrió de ser surrealista. Lo creo. El Semanal. 73 años ya, ¿cómo lleva eso de envejecer? Fernando Arrabal. Con mucha autoestima.E.S. ¿Qué queda del niño que ganó a los diez años el concurso de niños superdotados de España? F.A. Todo lo que aprendí en ese momento. Aprendí lo que era el amor. Todo eso queda presente durante el resto de la vida. Se va remozando, pero siempre está presente. Es el origen.E.S. ¿A qué juega un niño superdotado? F.A. Al ajedrez [sonríe]. Sigo jugando. Y escribo la crónica ajedrecística de L’Express desde hace 30 años. Aparece en la última página de este diario francés.E.S. ¿Teme usted a la muerte? F.A. Sí. Pero no de una forma obsesiva. Pienso en ella como « Spinoza ». Tengo esperanzas de que la Naturaleza de mano de la Ciencia pueda prolongarla . De que puedan existir drogas que puedan alargar la vida en mejores condiciones de lo que se hace ahora. Confío también en la clonación.E.S. ¿Reza? F.A. Difícilmente, porque el agnosticismo conlleva la duda. Pero sí que lo hago todos los días a la manera, atea, del divino Marqués. E.S. ¿Y a quién reza Fernando Arrabal? F.A. Eso mismo le pregunté a Borges en Tokio y el me dijo: «Yo rezo porque se lo prometí a mi mamá». Yo también lo hago, no porque se lo prometiese a mamá, sino porque, después de todo, confío en que pueda ser cierto el tema de las huríes que nos esperan. ¿Por qué no?E.S. ¿Sabemos verdaderamente quién es Fernando Arrabal? F.A. Soy ligeramente famoso, pero completamente desconocido en España.E.S. ¿Por qué? F.A. Porque se hace hincapié sobre aspectos que no tienen nada que ver con mi actividad o mi pensamiento. Se rinde culto entre gente de mi generación y gente mucho más joven a aspectos que no me representan verdaderamente. E.S. ¿Y todo eso a su pesar o en parte fomentado por usted? F.A. No, en absoluto. Además, no se podría fomentar. Skandalo es una palabra griega que significa trampa en la que se cae, y yo no puedo hacer escándalo ni provocación. Tampoco se puede prever el amor. Ni el éxito ni el fracaso. Es como el misterio del pensamiento cuando supone un cambio físico. Por ejemplo: la erección. ¿Por qué el pensamiento puede provocar algo así? Eso es lo que trato de descifrar con los patafísicos o con la teoría matemática de motivos.. A [André] Breton le molestaba mucho todo lo que fuera ciencia o música.E.S. Curioso. F.A. Y tanto. Él mismo decía: «La única música que me interesa es el silencio». En cuanto a la ciencia, añadía: «Cómo es que quiere usted, Arrabal, pasar toda la noche jugando al ajedrez con [Marcel] Duchamp. Están ustedes siempre con su eterna partida de ajedrez y sus eternos problemas de topología». Eterna partida de ajedrez y eterna faceta de la ciencia. Por eso creamos pánico.E.S. Como forma de rebeldía contra el surrealismo, ¿no? F.A. En absoluto. Además Breton, no nos expulsó. Yo había estado acudiendo a su reunión diaria durante los tres últimos años. No teníamos carné de surrealista. Era imposible entrar en el Café Surrealista a la hora en que empezaba la reunión, a las seis en punto de la tarde, si no se era aceptado previamente por Breton.E.S. No me diga. F.A. Breton decía las palabras sagradas: «Está usted bienvenido». Entonces, a partir de ahí, éramos surrealistas.E.S. ¿Y…?F.A. Lo pasábamos muy bien. Sobre todo Jodorowsky y yo lo pasábamos fenomenal dentro del grupo. Porque éramos gente que veníamos de otras latitudes. Aquello era como estar haciendo novillos con marcianos . El surrealismo era lo más parecido a dar con el Tubo de la Risa en la Atlántida.E.S. Hasta que se cansaron. F.A. Yo fui quien hizo el primer manifiesto pánico en Sidney: El hombre pánico. Pero curiosamente lejos de expulsarnos Breton publicó mis obras de teatro, a pesar del odio que mostraba hacia la escena ; y no diagamos a Artaud. Pensaba que el teatro era el sol de la literatura y que el dramaturgo era el universo a quien iba a destruir ese sol. Sin embargo, él publicó algunas obras, tanto mías como por ejemplo de Oscar Paniza o Raymond Russel. Es curioso porque se está representando aquí en Madrid una obra mía actualmente, La primera comunión, editada por él. Aparece el personaje del necrófilo, que muestra a Breton tal y como lo imaginó Matta y los comunistas anti-trotskystas. E.S. ¿Cuántas obras suyas se están representando ahora? F.A. En España, quizá una barbaridad. Pero siempre en teatros muy pequeños, por compañias no comerciales, « alternativas ». A la minoría siempre. E.S. Escribió Pic-Nic, su obra más representada, cuando sólo tenía 14 años. F.A. Sí. Se está haciendo actualmenten, por ejemplo, en Tel Aviv y en Gaza.E.S. Y se queja de no haber escrito después nada que tuviese más éxito. F.A. Esa obra cae bien porque, desgraciadamente, siempre hay guerras. Recientemente he visto en Moscú algo curioso. Verás. Dicen que los coreanos del Norte no viajan. Pues sí viajan. Y hay un grupo de jóvenes de allí que están estudiando teatro en Moscú. Y han hecho Pic-Nic en coreano [ríe] con un director de escena estadounidense y decorador lituano. Las cosas más increíbles suceden con Pic-Nic.E.S. En confianza, ¿cree que volverá algún día a vivir con nosotros? ¿Regresará a España? F.A. Estoy en una isla, una ciudad. Por eso mis cartas tienen gran acogida. Son como Cartas persas. El forastero es siempre un diablo. Hay algo amoroso que se crea en torno a él. Por eso soy « medio famoso » y al mismo tiempo casi totalmente desconocido. Se cumplen ahora, el día 11 de diciembre, 50 años de estancia en París. Pero estoy de paso. Con las maletas hechas. Aunque, claro, son unas maletas enormes, con todos los cuadros que hay. Y con los pañuelos llenos de semen.E.S. ¿Se siente usted un exiliado? F.A. Des-te-rra-do. No se puede decir que fuese un emigrante económico, un exiliado. Yo lo fui por otras razones. Pero, en fin, todo aquello es el Antiguo Régimen, agua pasada no mueve molino y no me gusta recordarlo.E.S. Y no cree que, como le sucedió a Picasso, a usted también le han hecho suyo los franceses. F.A. [Enfadado] No, no. Me ‘insurjo’ contra esta idea. Jamás he conocido a un francés que haya dicho que Picasso era francés. Para los franceses yo soy símbolo de España. En EE.UU. y en Francia creo que soy embajador de España [carcajada]. Se me considera típicamente español. Y además no molesto al presupuesto de todos los españoles con cartas pidiendo sabanas, o subsiduos para sus « Casas de cultura ». E.S. Hábleme de un ‘camarada’ suyo, el escritor Topor. F.A. A mi modo de ver, creo que he conocido a los mejores. Gente como Beckett, Kundera, Pynchon, Salinger. Escritores que, por la discreción que piden, no puedo decir qué hacen, dónde están, qué cara tienen. Tampoco puedo mostrar las fotos que nos hacemos. Pero creo que, de todo el siglo pasado, la persona más inteligente que he conocido ha sido Roland Topor. Más inteligente que el propio Beckett, quizás que Kundera, que Mandelbrot (el creador de los fractales) o que Bénny Lévy, el secretario secreto de Sartre, que acaba de morir de un infarto. A Topor nunca le oí decir una tontería. E.S. Fue él quien dijo: «El día que Arrabal beba alcohol será el más importante del siglo», ¿ha llegado ese día? F.A. [Sonríe] No, aún hay que esperar unos años para que llegue ese día. Pero ahora bebo vino y veritas. E.S. Mucha gente le conoce por aparecer borracho en un programa de televisión llamado La noche, con Sánchez Dragó, ¿qué pasó? F.A. Caí desvanecido y tuvieron que enviarme al hospital para hacerme un lavado de estómago. Por aquel entonces no bebía. No había agua en aquel estudio y, como tenía mucha sed, me bebí de golpe un vaso entero de chinchón que confundí con agua. Fue muy interesante porque perdí el control, pero seguí siendo tal y como soy : una persona con humor, inteligencia y amor. Por eso circula la grabación de aquel programa entre los chicos, que hacen un culto que no merezco en torno a mí. E.S. La última vez que estuve con Jodorowsky me dijo que las admiradoras de Arrabal tienen cara de lechuza y cuerpo de prostituta. Por alusiones, ¿está usted de acuerdo? F.A. No, no, yo no tengo admiradoras. Soy yo el admirador de las personas que están en mi entorno. De esas personas que me siguen hasta Los Ángeles, Israel o Moscú. No me he fijado nunca en el aspecto que tienen, me fijo en la mirada, en la inteligencia, en el sexo, en los ojos. Nuestras relaciones son como las del gran Tertuliano con las nuevas creyentes. Una explosión de inteligencia, de ciencia y de poesía. E.S. Pues Jodorowsky sí se ha fijado. F.A. En realidad, él y yo nos vemos muy poco. Casi nunca. Pero casi siempre con delicia. Es archifalso pretender que me tiene celos. Creo que Jodorowsky es la persona con la que mejor y más veces me he reconciliado en mi vida. Le quiero mucho. E.S. Acaba de publicarse, junto a la reedición de algunos de tus textos, El temor al Dios Pan de Viveca Tallgren (Libros del Innombrable, Zaragoza). Reflexiones sobre la recepción de sus obras. ¿Empezamos a descubrirle? F.A. Pues sí, esta divina bailarina de tangos y erudita catedrática ha recopilado una parte de los insultos que se han lanzado contra mí a lo largo de mi vida. Son muy curiosos y no creo que ninguno de ellos sea merecido. Gracias a ellos he podido evitar calamidades como la de entrar en ciertas instituciones casposas o de tener que visitar en mis viajes a los centros de charlotadas hispanas. E.S. ¿Quién teme a Fernando Arrabal? F.A. Yo creo que nadie. Salvo el Presidente Supremo del Instituto Cervantes que ha dado orden, asustado, de boycotearme, a Dios gracias. Hubo un momento en el que al Antiguo Régimen le dio porque yo era un personaje peligroso. Hay que tener en cuenta que, por ejemplo, ya con la democracia instalada, prohibieron la vuelta a España de cinco personas: la Pasionaria, Carrillo, Líster, el Campesino y yo. ¿Y qué hago yo en esa lista? No tengo nada que ver con ellos, nunca tuve las manos manchadas de sangre. Es como los agujeros negros. Los agujeros negros no se pueden ver. Hay que analizarlos matemáticamente. Pues eso es lo que ocurre conmigo. E.S. En su caso, todo fue motivado por una dedicatoria personal. F.A. La historia es que un muchacho viene y me pide una dedicatoria blasfema y pánica. Entonces yo le escribo: «Me cago en Dios, en la Patria y en todo lo demás». Él está tan contento con esta dedicatoria que se la muestra a todo el mundo. Incluido su tío, que es capitán de navío. Entonces el capitán de navío escribe a Franco y le dice: «Estamos en un momento de tolerancia y de tio páseme usted el río, pero allá donde no llegue el peso de la justicia irá el peso de mis puños». Al día siguiente se presentan en mi hotel cuatro policías con pistola. Imagínate. Cuatro policías armados fueron a detenerme a las 12 de la noche. Ridículo. E.S. Como lo de su biografía del autor de El Quijote, que levantó usted más de una ampolla entre los cervantistas. F.A. ¡Pero no sé por qué! Por ejemplo, Marlowe pisoteó crucifijos y era homosexual, como Shakespeare, y eso no causó ningún escándalo en Inglaterra. La homosexualidad de Cervantes ya estaba contada antes de que lo hiciera yo. No innovo en nada. Solo la esconden los verdaderos cretinos e indoculentados como el simpático dormilón Cannavagio. Se cabrearon conmigo por pura incultura y prejuicios. E.S. Quizá por la fuerza de la costumbre. F.A. Wittegenstein analiza estos dislates. Como decía Hitchcock: «Yo no puedo filmar Blancanieves porque, al final, buscarán al criminal». Por eso, en cuanto me ven, piensan que ya está Arrabal provocando. Pero nunca lo intenté. E.S. ¿Y la actualidad que vivimos no le tienta a ello? F.A. No. Estoy apasionado por otras cosas. Me parece que estamos viviendo un renacimiento: de la filosofía, de la astrofísica, de las matemáticas, de la mecánica cuántica. Algo que llega hasta los parlamentos. Es un momento de mucha sangre, y de mucho terror, pero muy interesante. Porque es el fin de estas memeces terroristas y de estos velos burkanizados. E.S. ¿Qué tiene Arrabal de Quijote? F.A. De Alonso Quijada siempre tengo la esperanza quijotesca opuesta al pesimismo de mi maestro Schopenhauer. Pero no puedo llegar a ser lo que yo quisiera: un santo pagano como lo fue mi padre. Por eso ese desconcierto cuántico que tengo.E.S. ¿Ha encontrado ya a su padre? F.A. No. Pero sigo buscándolo.E.S. Lo último que se sabe de él es que se perdió en la nieve tras huir del penal de Burgos. Una imagen tremenda, ¿no? F.A. Algo increíble en la época. Cuando yo voy al concurso de superdotados, para viajar de Ciudad Rodrigo hasta Madrid tuve que sacarme un salvoconducto. ¿Cómo es posible que se escape un prisionero en una España tan controlada como la de los años 40 y no se encuentre su cadáver?E.S. Tiene una hija, Lelia, de 33 años, discapacitada mental. F.A. Así es.E.S. ¿Recuerda qué es lo último que ha hablado con ella? F.A. Claro que sí. Lo hago mucho : es muy inteligente. El Gobierno francés la ayuda. Es una desgracia pensando en su porvenir. Pero tener un ser así, tan amoroso, es como un animalito o un santo. Es curioso porque todo esto es talmúdico. Ella es así y mi otro hijo, Samuel, de 32 años, es doctor en biología molecular, exactamente en « vacas… locas ».E.S. ¿Se considera usted un buen padre? F.A. No tan bueno como quisiera. Me gustaría darles de comer mis codos y de beber mis leucocitos. Ellos, sobre todo ella, me dan mucho. Me lo dan todo. Ella no me puede dar más. Es el amor incondicional. Pienso en el perro de Sc hopenhauer y en San Francisco de Asís. E.S. Más de medio siglo casado con Luce, ¿va a resultar que en el fondo tiene usted alma de burgués? F.A. Luce es como un notario delumbrante de talento, su palabra está jurada, no sabe mentir. Mi hija tampoco. Hasta su jubilación, Luce fue catedrática en la Sorbona. Cuando fui a la cárcel, dijeron que ella me ataba a la cama y otras barbaridades. Los difamadores franquistas hastas las cachas se volvieron democratas de toda la vida. Da gusto verlos.E.S. ¿Con qué ha soñado esta noche? F.A. He soñado que no soñaba.David Benedicte

Le paradis scientifique Entretien avec Florent Georgesco

Le paradis scientifique Entretien avec Florent Georgesco
Fernando Arrabal

Houellebecq et le paradis scientifique

Entretien avec Florent Georgesco

Florent Georgesco : Je dois vous faire un aveu : c’est la surprise qui m’a donné l’idée de cet entretien, le jour où j’ai appris que vous publieriez, à cette rentrée, un livre sur Houellebecq[1]. Je savais que vous aviez témoigné en sa faveur lors du procès stupide qu’on lui a fait. Mais je ne voyais là rien d’autre, chez quelqu’un qui a connu les prisons franquistes, qu’une volonté de défendre la liberté d’un écrivain attaqué par d’étranges contempteurs du blasphème. Je n’imaginais pas que vos relations avec lui pouvaient déboucher sur un livre, que c’étaient des relations d’œuvre à œuvre. Je vous voyais trop éloignés l’un de l’autre. Je ne voyais pas comment vos univers, qui sont pour moi des antipodes, pouvaient entrer en contact. J’ai pensé qu’il valait la peine de chercher à comprendre, et c’est pourquoi je suis chez vous aujourd’hui.

Fernando Arrabal : Ce n’est pas un livre que je publie. Il a d’abord été publié, à son initiative, par un très bon éditeur espagnol (les Éditions HMR). Il m’en a fait la surprise. Comme ses ouvrages sont toujours superbes, de petits bijoux (il en publie un tous les six mois), j’ai été ravi.

F. G. : C’est donc lui qui a eu l’idée de faire un livre sur Houellebecq ?

F. A. : Oui. Il a pris des textes publiés dans des journaux espagnols, américains, français (je tiens une chronique dans L’Express)… Mais il aurait pu éditer le même livre sur Kundera, par exemple, ou sur Beckett, Ionesco, Salinger ou Matzneff. J’ai beaucoup écrit sur la plupart de ces auteurs : il aurait pu faire, à leur sujet, des livres plus épais que celui-là. D’ailleurs, il faut dire qu’ils ont aussi beaucoup écrit sur moi. Je dois à Beckett, en particulier, le seul texte non littéraire de sa vie, cette « Lettre aux juges d’Espagne » qui a été lue à mon procès, en 1967. Et si quelqu’un comme Ionesco a beaucoup écrit sur des auteurs, je ne crois pas que Kundera le fasse souvent – or il m’a consacré quelques textes somptueux. Il n’y a donc rien d’exceptionnel à ce que j’agisse de même. J’avais déjà publié un livre, qui a été un échec commercial mais que j’ai été très heureux de faire, sur Topor, que je considère comme un des plus grands.

F. G. : Mais alors pourquoi, cette fois, Houellebecq ? Est-ce pour accompagner la sortie de son nouveau roman, La Possibilité d’une île, partout annoncé comme l’événement de la rentrée ?

F. A. : Non, ce n’est pas un livre de circonstance, surtout en Espagne. Là-bas, il est sorti en mars, et alors les Espagnols ne savaient pas du tout que le roman allait être publié cette année. Moi non plus, d’ailleurs. Il n’y avait donc aucune actualité. Et puis, ce qui les intéressait, vous comprenez, c’était plutôt Arrabal que Houellebecq.

F. G. : Ce n’est tout de même pas par hasard s’il est consacré à Houellebecq. Et je vous répète ma question : pourquoi lui ? Qu’est-ce qui vous rapproche de lui, qui paraît si loin de vous ?

F. A. : Parmi les personnes sur qui j’ai écrit dans ma vie, c’est en effet celui qui m’est le plus étranger, celui qui est le plus loin de moi dans tous les sens. Par moments, je l’ai beaucoup fréquenté, surtout dans des périodes de solitude (par exemple j’ai passé une semaine avec lui en mai dernier), mais c’est quelqu’un que je comprends très mal. Pour moi c’est comme si c’était un Martien.

F. G. : C’est une bonne raison de faire un livre sur quelqu’un, après tout : vous faites un livre sur un Martien.

F. A. : C’est ça… Vous savez, tous ces écrivains et ces artistes que j’ai côtoyés avaient quelque chose qui était très proche de moi. Avec Marcel Duchamp, il y avait les échecs, et les mathématiques. Avec Beckett aussi. Ionesco, c’était sa tendresse, sa sympathie constante, son innocence. Avec Houellebecq, ce qui s’est passé, c’est qu’il m’a envoyé un fax, il y a sept ans. Je l’avais déjà lu. C’était avant Les Particules élémentaires, mais j’avais lu Extension du domaine de la lutte et ses poèmes, et j’avais beaucoup aimé, surtout ses poèmes. J’aime beaucoup l’alexandrin. J’en ai beaucoup écrit. La part la plus importante de mon « œuvre », c’est la poésie, et dans ma poésie, il y a beaucoup d’alexandrins.

F. G. : Voilà une chose que vous avez en commun : l’alexandrin.

F. A. : La poésie, oui. J’ai beaucoup aimé ses poèmes. D’ailleurs, puisque je fais partie des cinq ou six qui l’ont lu, je peux dire que son dernier roman est, à mes yeux, plus qu’un roman.

F. G. : Mais vous n’en parlez pas dans votre livre.

F. A. : Non, je ne l’avais pas encore lu au moment où il a été fait. Houellebecq se demandait même s’il allait pouvoir l’achever. Il était très angoissé. Il avait signé un papier, il devait rendre ce livre. Je crois qu’il se sentait comme Flaubert qui avait, à la fin de l’écriture de Madame Bovary, le goût de l’arsenic dans la bouche. Mais, pour revenir à votre question, je ne vois pas ce que nous avons en commun, en dehors de l’alexandrin. Par exemple, il n’aime pas les échecs, ce qui pour moi est très bizarre ; c’est extrêmement rare que j’apprécie quelqu’un qui ne joue pas aux échecs. D’ailleurs, je peux vous dire que dans La Possibilité d’une île, qui fait quatre cent quatre-vingt-cinq pages, il y a une seule ligne sur les échecs. Elle est très juste, comme d’habitude. Pour lui, les échecs côtoient la science. Ce qui est agréable, c’est qu’il s’intéresse à des scientifiques d’aujourd’hui. Avec lui, on peut parler, entre autres, de celui que je tiens pour le plus grand mathématicien vivant, Mandelbrot, le créateur des fractales. Avec Houellebecq, on peut parler des fractales.

F. G. : C’est donc Houellebecq qui a fait le premier pas vers vous, avec ce fax, il y a sept ans ?

F. A. : Oui. Et puis nous nous sommes vus, dans un restaurant près d’ici, qui est devenu un hôtel de luxe, mais à l’époque c’était un estaminet. Je lui avais donné rendez-vous là et ça s’est passé à l’espagnole : on a déjeuné, et je crois qu’on s’est dit au revoir vers huit heures du soir. Depuis, chaque fois qu’on se voit, c’est la même chose. Mais on peut passer des mois sans se voir. Je ne l’appelle jamais. Je sais où il est, mais, un peu comme Beckett… Bien qu’il ne soit pas comme Beckett : d’abord, il peut parler avec la presse, même à la télé. Dans le cas de Beckett, évidemment, le retrait était plus absolu. Cela dit, il venait dîner de temps en temps chez moi. Ionesco, non, lui n’est jamais venu. Breton, je le voyais au café surréaliste, La Promenade de Vénus. Mais je suis aussi allé chez lui. La première fois, c’était une grande cérémonie, comme on adoube un chevalier. D’ailleurs, Breton vivait très modestement, comme Beckett. Il n’y a que Ionesco qui vivait un peu mieux. Tous m’ont beaucoup appris. Et ce sont aussi des gens avec qui j’ai beaucoup ri – surtout Beckett, et Topor.

F. G. : Est-ce que vous riez avec Houellebecq ?

F. A. : Oui, aussi. Il est très drôle. Il fait une montagne avec de petites choses. Alors bien sûr, en même temps, il souffre beaucoup. Il me semble qu’il n’a aucune vie sexuelle, par exemple, ce qui doit être très mortifiant. Ce n’est pas un secret, d’ailleurs. Il est extrêmement franc, toujours, lorsqu’il écrit, lorsqu’il parle. Je sais que dans les entretiens qu’il va faire pour la sortie de son livre, si on lui pose la question, il dira ce qu’il dit à chaque fois, c’est-à-dire que sa bite lui sert, comme à tous les hommes, pour faire pipi. Lorsqu’il a subi ce grand drame, cet hiver… Il est possible qu’il demeure chaste le reste de sa vie. C’est terrible pour un homme si jeune, n’est-ce pas ?

F. G. : C’est effrayant.

F. A. : De la même manière, je me suis déjà demandé si Breton ne s’était pas suicidé. Il avait 70 ans. Ç’avait été un très bel homme. Il fallait le voir, face au miroir de La Promenade de Vénus ! Et il est arrivé à 70 ans, il n’a plus eu la possibilité de bander, et peut-être a-t-il préféré se suicider. En tout cas, il est mort d’une drôle de manière, qui n’a jamais été vraiment étudiée.

F. G. : Houellebecq ne se suicide pas, même s’il est condamné à la chasteté.

F. A. : Mais il fait tout pour être tué ! Et ses personnages meurent toujours…

F. G. : …assez violemment…

F. A. : Oui, et je crois qu’il rêve que ses ennemis, qu’il maltraite d’une manière terrible, le tuent.

F. G. : Pensez-vous que ses phrases sur l’islam, qualifié de « religion la plus con », qui lui ont valu son procès, relèvent de ce désir d’être assassiné ?

F. A. : Peut-être bien, mais, vous savez, Houellebecq ne comprend rien à la religion. Ça ne l’intéresse pas vraiment. Je me demande même pourquoi il s’intéresse tant, par contre, à Auguste Comte, au positivisme, qui est une forme de religion. Pour moi, c’est incompréhensible. Comte, c’est une sorte de Newton, ou de Kant, sauf qu’eux n’ont pas connu l’amour, alors que lui le connaissait, et de quelle manière ! Il est peut-être, finalement, plus proche de Schopenhauer.

F. G. : Houellebecq s’intéresse aussi aux raéliens.

F. A. : Une fois, il m’a emmené chez eux. Ils l’intéressent, c’est vrai. Ce qui ne l’empêche pas de tenir leur leader pour un clown et un imbécile.

F. G. : Et éventuellement un criminel, ce qui est moins grave.

F. A. : Oui, d’abord un imbécile. Mais c’est curieux, parce qu’en réalité, j’ai avec Houellebecq des conversations sur Dieu, sur les religions, aussi vives qu’avec Ionesco – avec lui, nous ne parlions pratiquement que de ça. On parle de sexe, de science, et de Dieu. Mais il ne comprend pas Dieu.

F. G. : Il dit que Dieu n’est pas nécessaire. Il ajoute même (c’est dans votre livre) : « ni ici, ni au paradis ». Qu’est-ce que c’est que ce paradis sans Dieu ?

F. A. : Le paradis scientifique. Évidemment, c’est un rêve, rêve formidable… Mais, ce qui se passe… Par exemple, Ionesco, qui était innocent (très intelligent, mais très innocent), Ionesco qui, je le dis au passage, est à mon avis l’auteur d’un des plus grands romans du xxe siècle, Le Solitaire, cet homme-là, à la fin de sa vie (je le voyais presque tous les jours à cette époque), commençait toujours la conversation en disant : « Toi et moi nous sommes agnostiques. » Et sa femme, Rodica, qui fumait sur le divan, répondait toujours la même chose : « Pas si agnostiques que ça. » Je crois que s’il y avait une Rodica quand je parle avec Houellebecq, elle pourrait dire la même chose. Il se déclare agnostique, je me déclare agnostique, et à partir de là on ne parle que de religion, de Dieu… Il est notamment très intéressé par ce qui m’est arrivé à dix-sept ans, quand j’ai cru voir la Vierge Marie. Il me pose mille questions sur ça. Mais, en même temps, il ne comprend pas qu’on puisse croire en Dieu. Il pense que c’est fini, que la science va balayer tout ça – la science et le sexe.

F. G. : Votre éditeur français a ajouté, à la fin de ce volume, deux poèmes qui n’étaient pas dans l’édition espagnole, un de Houellebecq, « Le Temps », et un de vous, « Requiem pour la mort de Dieu », où vous montrez une nostalgie de Dieu, des dieux, du sacré bien éloignée du coup de balai que vous évoquiez à l’instant, de ce rêve d’un paradis scientifique. Vous semblez vouloir, par la poésie, contraindre les dieux à revenir sur terre.

F. A. : Vous savez, parfois, la nuit, avant la partie d’échecs qui doit me conduire au sommeil, ou avant de lire un dernier livre, il arrive que je prie. C’est étrange, bien sûr : comment faire une prière s’il n’y a personne à qui l’adresser ? Mais j’ai en effet une nostalgie de l’époque où j’ai cru, où j’ai été sur le point d’entrer dans la Compagnie de Jésus, sous Franco, c’est-à-dire dans les pires des conditions, mais il n’empêche : j’ai été très heureux alors. J’étais ce qu’on appelle un agapito (ce qui signifie que nous avions pour Dieu un amour-agapé, ne pouvant avoir celui que Dieu avait pour nous, l’amour-éros). Nous étions six garçons comme ça, six agapitos. J’ai passé là des moments extraordinaires.

F. G. : Votre poème est une prière adressée à des dieux disparus. Mais enfin, vous continuez à leur parler.

F. A. : Je vais vous raconter quelque chose. Chaque fois que je suis à New York, je rends visite à Louise Bourgeois, avec qui j’ai fait plusieurs livres de bibliophilie. Vous connaissez sa réputation… Je me souviens, quand elle envoyait des choses aux surréalistes… Breton m’a dit un jour qu’il détestait ces merdes. Ce n’est pas le genre de mots qu’il aimait employer, mais, là, c’étaient littéralement des merdes – des sexes et des merdes. Par la suite elle a fait cette bite en bronze, dont on prétend qu’elle serait celle de Duchamp, qui aurait été son amant. Elle passe, bien entendu, pour un pilier d’une pensée agnostique. Or, quand je suis allé la voir en novembre dernier, elle m’a demandé de lui lire ce poème, puis de le lui relire, et je le lisais de mieux en mieux, je commençais à le lire vraiment (j’estime qu’un poète doit être capable de se lire sans tomber malade – nos grands poètes, comme Aragon ou Neruda, dès qu’ils commençaient à lire, tombaient malades). Je le lisais avec le plus de vérité que je pouvais. Au bout de la troisième lecture, un philosophe, qui était là avec nous, lui a demandé : « Mais, Madame, pourquoi voulez-vous qu’on relise sans cesse ce poème ? Est-ce que vous croyez en Dieu ? » « Mais bien entendu ! » Il y a alors eu un silence, puis elle a ajouté : « Dieu nous aime. » Louise Bourgeois, cette célèbre agnostique, qui est de plus une femme plutôt dure, presque acariâtre, qui par moments peut être très méchante, je l’ai entendue dire : « Dieu nous aime. »

F. G. : Lui avez-vous également lu le poème de Houellebecq ?

F. A. : Oui, mais ça l’a beaucoup moins intéressée. Ce qui l’intéressait, c’était la mort de Dieu. Cela dit, le poème de Houellebecq est très bon. Il y dit, avec la précision et la franchise habituelles, ce qu’il est en train de vivre.

F. G. : C’est d’ailleurs dans ce poème qu’apparaît le titre de son nouveau roman : « …Et l’amour, où tout est facile, / Où tout est donné dans l’instant / Il existe au milieu du temps / La possibilité d’une île. » Je ne fais pas partie des cinq ou six privilégiés qui ont lu le roman, mais, si j’en juge par le poème, la possibilité d’une île, c’est, face à l’infamie, au dévergondage de médiocrité qui envahit le monde, et que Houellebecq décrit si minutieusement dans ses romans, cette unique échappée, ce refuge : l’amour, mais qui est toujours chez lui, en fin de compte, une impossibilité. Il n’y a pas d’autre salut que celui-là, et ce n’est pas un salut. On est très loin de votre invocation devant le ciel vide, de cette attente que quelque chose d’autre, à nouveau, y apparaisse.

F. A. : C’est-à-dire que comme il ne croit pas en Dieu, il n’a pas peur que Dieu soit mort.

F. G. : Il n’en a pas même la nostalgie.

F. A. : Il croit en autre chose. Il croit à l’amour inconditionnel.

F. G. : Oui, mais il le montre toujours détruit, échouant toujours.

F. A. : Il croit qu’il sera possible lorsque la science aura encore avancé. On peut tous imaginer que dans trois ou quatre siècles la science aura fait certains pas, qui nous permettront par exemple de nous accoupler, je ne sais pas, avec des sangsues, des écureuils… On peut imaginer que notre état physique s’enrichira. Et que notre mémoire, qui est la base de tout, s’enrichira aussi.

F. G. : La science a toujours eu une grande importance chez vous, dès les années 60, quand vous fondiez le groupe Panique avec Topor et Jodorowsky.

F. A. : Bien sûr. D’ailleurs… J’ouvre une parenthèse. Les manifestes dada et surréalistes sont des textes très beaux, mais magiques, et moi je déteste la magie. Lorsque Topor a écrit le Mémento panique et moi L’Homme panique ou La Pierre de la folie, nous n’avons rien voulu faire de la sorte. Nous voulions au contraire donner une réponse à notre mesure au dadaïsme et au surréalisme. C’est pourquoi il est étrange que Breton, qui se rendait bien compte que ces textes lui étaient opposés, les ait aimés. Ça aurait dû être conflictuel, d’autant que Breton aimait le conflit.

F. G. : Il aurait dû vous expulser.

F. A. : Je ne sais pas pourquoi il ne l’a pas fait. C’est mystérieux. Je pense que Breton a parfois été touché par la grâce, si tant est que la grâce existe : dans trois ou quatre poèmes et, surtout, à l’heure de s’entourer de gens.

F. G. : Donc, refus de la magie, et importance de la science.

F. A. : Une importance capitale ! Je vais vous dire quelque chose qui sera peut-être une révélation pour vous. Dali (lui, Avida Dollar, etc., toute cette comédie qu’on a faite autour de lui) a, en 1985, dépensé beaucoup d’argent pour organiser un symposium auquel il a invité les plus grands hommes de science. Eh bien, il était tellement intéressé par le groupe Panique (un jour, on le verra), qu’il a donné à ce congrès un titre totalement panique : « Procès du hasard ». Pour Jodorowsky un peu moins, mais pour Topor et moi, le mouvement Panique avait deux piliers : le hasard et la mémoire. On ne peut pas imaginer l’avenir sans les coups de théâtre du hasard. Et sans la mémoire on ne peut imaginer le présent ni le passé. Sans elle, il n’y a rien. Quand je vois Mandelbrot, je parle beaucoup de la mémoire avec lui, de l’humour aussi, d’ailleurs, car il a une vision très drôle des mathématiques. Mais nous parlons aussi de cette réunion organisée par Dali, où il a refusé d’aller.

F. G. : Pourquoi ?

F. A. : Je ne voudrais pas le réduire… Je pense qu’il se croit supérieur. Et pourtant les plus grands étaient là. Il y avait, par exemple, Prigogine, qui a eu le Prix Nobel de Chimie, et René Thom, qui est un des hommes de science qui m’ont le plus impressionné. Lui n’a pas eu le Prix Nobel, puisqu’il n’existe pas en mathématiques, mais son équivalent, la médaille Fields, pour sa théorie des catastrophes.

F. G. : C’était aussi un philosophe, un métaphysicien. Ses travaux sur Aristote sont très importants.

F. A. : Voyez-vous, pendant des millénaires, la philosophie a été mathématique, et la mathématique, philosophique. C’est curieux comme les choses se passent. Il y a parfois dans l’histoire des coups de hache, comme disait Shakespeare. Brusquement, à la frontière du troisième millénaire, philosophie et mathématique se sont séparées. Et je pense que désormais la biologie moléculaire comporte plus de réponses, mais surtout plus d’indétermination, plus de ce qu’Aristote appelait l’équivoque, et Cervantès l’ambiguïté, qui est ce que jusque-là la philosophie analysait mathématiquement. Maintenant, c’est la biologie moléculaire. Elle s’occupe, par exemple, des vaches folles, des prions (qui est un mot passionnant).

F. G. : Dans votre Houellebecq, vous en faites une injonction : prions !

F. A. : Je crois que la biologie moléculaire permet de rompre définitivement avec la possibilité philosophique de donner une réponse globale. Quelle réponse pourrions-nous donner ?

F. G. : Est-ce qu’elle ne crée pas en même temps le mythe d’une réponse à venir, qui serait le terme du progrès des techniques du vivant ? Je pense à ce paradis sans Dieu dont nous parlions, ce paradis pour dans trois siècles. Chez Houellebecq, du reste, le clonage apparaît comme le moyen par excellence de le faire advenir. Il dit ceci, dans un des entretiens de votre livre : « Notre espèce pourrait se transformer en une autre immortelle, qui lui serait apparentée, et qu’on régénèrerait par le clonage. Vérité et beauté seraient toujours les mythes de l’art et de la science, mais sans le dard de la vanité ou de l’urgence. » En lisant ces phrases, j’ai pensé, je ne sais trop pourquoi, à cette autre, que vous rapportez aussi : « Je commence à être heureux quand je m’habitue à quelque chose. »

F. A. : Nous vivons tous dans la routine.

F. G. : Peut-être, mais est-ce que l’utopie du paradis sans Dieu n’est pas, dans l’esprit de Houellebecq, le rêve d’une routine éternelle ? Paradis, morne plaine : ce n’est pas tout à fait la science pataphysique des exceptions, ni le hasard panique.

F. A. : Je n’aime pas du tout l’utopie. L’utopie, c’est la chimère, qui est une bête affreuse.

F. G. : Et féroce.

F. A. : Je préfère être terre à terre. Dans le tableau de Raphaël, qui est au Vatican, L’École d’Athènes, Platon regarde vers le ciel et Aristote – mon ami Aristote ! – observe la terre. Est-ce qu’on peut imaginer quelqu’un de plus intelligent qu’Aristote ? Mais en même temps… J’avais 17 ou 18 ans (j’avais déjà vu la Vierge) et je lisais Histoire des animaux d’Aristote. Il y parle de ceux que je préfère, les cafards (j’ai fait trois livres sur les cafards). Il parle aussi des araignées : c’est grâce à lui qu’on sait que les araignées ne sont pas des insectes. Il a, tout simplement, compté leurs pattes et il a dit que ça ne pouvait pas être des insectes ; ce sont donc des arachnides. Mais en réalité, dans ce traité, il parle presque toujours de l’être humain. Moi je suis là-bas, en Espagne. J’ai fait la sieste, je suis en train de lire. Je ne suis entouré que de femmes et j’ai l’impression que ces femmes sont surdouées. Ma grand-mère, ma sœur, professeur de médecine à Madrid, ma mère : toutes, surdouées. Et voici sur quoi je tombe en lisant Aristote : « J’ai la preuve que la femme est inférieure à l’homme. » Alors je pense que ce cerveau extraordinaire a vu quelque chose que je n’ai pas remarqué et qu’il va maintenant me faire une démonstration définitive. Et puis la preuve arrive : la femme a une dent de moins que l’homme ! Ce qui, en plus, est complètement faux ! Lui qui comptait les pattes des araignées et des cafards, il n’a même pas eu l’idée d’ouvrir la bouche d’une femme pour compter ses dents ! Mais c’est ainsi ; des choses aussi simples, nous ne les faisons pas.

F. G. : Connaissez-vous un seul grand esprit qui n’ait eu sa part de bêtise, du moins de naïveté ?

F. A. : Non. Il y a une autre anecdote du même genre. C’est à propos de Newton, qui est un des seuls hommes que je connaisse dont l’intelligence soit comparable à celle d’Aristote. D’ailleurs, il est plus attachant. Cette solitude… Il va finir comme ça, Houellebecq, dans cette solitude. Eh bien, Newton, qui, par son innocence, en quelque sorte, était un homme très avare (il ne pouvait pas embrasser, c’était donner de sa salive, c’est comme Kant qui ne pouvait pas marcher vite, pour ne pas perdre de sueur), à un moment donné il a reçu beaucoup d’argent. J’ai raconté ça à Topor. Newton a dit : « Je vais faire quelque chose d’extraordinaire avec cet argent. » Et il a affrété une expédition pour aller dans les Alpes rechercher des dragons. D’abord, ça m’a fait rire : comment un homme si intelligent a pu croire aux dragons ? Et puis je me suis dit : « Et moi, à quels dragons je crois ? » J’ai posé la question à Topor et Topor, une fois de plus, a été somptueux. Il m’a dit : « Mais c’est évident. Ce à quoi nous croyons et dont, dans cent cinquante ans, on se rendra compte que c’est une bêtise, c’est l’amour. » Puis il a ajouté : « L’amour, c’est une invention de la police. » Voilà une réponse très houellebecquienne ! Houellebecq pense que la police incarne le dernier humanisme.

F. G. : L’amour inconditionnel serait donc un amour policier ? Est-ce qu’on ne retrouve pas là cette aspiration au calme, voire au morne, à une sorte de concorde universelle, dont nous avons parlé ?

F. A. : Je n’aime pas beaucoup, non plus, la concorde. Ce qui s’oppose à la concorde, c’est la corde. C’est la discorde qui a créé ce que nous sommes. Mais Houellebecq fait tout pour la discorde. Il fait tout pour agresser.

F. G. : Vous disiez qu’il fait tout pour se faire casser la gueule.

F. A. : Ah oui, surtout pour se faire casser la gueule. Lorsque son livre va sortir, vous verrez que certaines personnes et certains groupes vont réagir violemment. Et pas ceux qu’on imagine. Il s’attaque à des choses… La discorde est permanente dans l’histoire de la pensée. Par exemple, en 47, on a organisé une rencontre entre deux des plus grands esprits de l’époque : Wittgenstein (lui, c’est vraiment mon maître à penser du xxe siècle) et Popper. Selon l’un des comptes rendus de cette rencontre, à un moment, ils se sont approchés de la cheminée qui se trouvait là, ont attrapé chacun un tisonnier et se sont trouvés sur le point de se cogner ! Popper et Wittgenstein ! Et ce qui s’est passé à Figueras, lors du « Procès du hasard », c’est à peu près la même chose. Les deux plus grands, sans doute, de cette soixantaine de scientifiques que Dali avait réunis, Prigogine et Thom, étaient chacun convaincus que l’autre était un imbécile. Pour Prigogine, Thom ne connaissait pas assez de chimie, et selon Thom Prigogine ne connaissait pas assez de mathématiques. Eux aussi ont été sur le point de se battre. Ça s’est fini comme ça. Le « Procès du hasard » est devenu une bataille entre Prigogine et Thom.

F. G. : Et qu’a fait Dali ?

F. A. : Mais Dali n’était pas là ! En tout cas, pas dans la pièce. Il était à côté, il a suivi le congrès par le trou de la serrure. Il était très malade alors. Il était couvert de fils, il pesait 40 kilos. D’ailleurs, les participants ne savaient même pas que Dali se trouvait derrière la porte. Ils croyaient qu’il ne pouvait plus se déplacer. Mais en réalité, ce qu’il y avait, c’est qu’il ne voulait pas se montrer moche – ce qu’il croyait être moche. Il était vraiment surréaliste. Il croyait à la beauté, à la grâce. Il ne pouvait pas se présenter ainsi à ces gens. Ionesco qui, lui aussi, à la fin, était très dégradé, qui pesait 40 kilos aussi peut-être (un jour, je l’ai porté jusqu’à son lit), n’avait aucun scrupule, au contraire, à se montrer tel qu’il était. Il s’en foutait. Je vais même vous révéler une chose : le dernier texte que Ionesco a écrit a été refusé par Le Figaro, parce qu’il y parlait de ses difficultés à chier, et qu’il y décrivait sa merde. Dali, qui a écrit un Traité du pet, n’aurait pas pu parler de sa dégradation.

F. G. : Et Houellebecq, lui, accepte-t-il l’idée d’être dégradé ?

F. A. : Il est peut-être un peu comme Dali… Mais d’une manière très différente. Il n’a rien à voir avec le surréalisme. Vous savez, cet homme-là, s’il n’emploie plus sa bite que pour faire pipi (et je pense que c’est la vérité)… Selon moi, il croit qu’il n’est ni assez beau, ni assez jeune pour provoquer l’amour. Et de toute façon, à ses yeux, l’amour est toujours détruit. Mais il pense qu’un jour, quand il se sera dégradé encore davantage, ce sera compensé par les ordinateurs et par la biologie moléculaire.

F. G. : Toujours l’utopie scientifique… Toujours ce rêve d’en finir, par la technique, avec la tragédie, cette espérance de voir l’homme enfin pallié par ses propres machines.

F. A. : Chaque année, à peu près, vers le mois de septembre, on me dit : « J’ai des informations très précises, je sais que cette année on te donne le Prix Nobel. » J’ai répondu un jour : « Oui, très bien, je ne refuse aucun prix ; je ne sollicite rien, mais je ne refuse rien. Pourtant, il y a un seul prix que je voudrais vraiment recevoir, c’est d’être un saint païen. » Quand je l’ai dit à Houellebecq, j’ai pensé qu’il allait trouver ça grotesque. Mais pas du tout. Il a beaucoup aimé cette idée. Et il a dit que lui aussi, il aimerait être un saint, c’est-à-dire être altruiste, être au comble de la générosité.

F. G. : Oui, mais est-ce que le monde du clonage, le paradis scientifique, ce monde où tout est humain, où l’homme maîtrise tout, permet encore la sainteté ?

F. A. : Houellebecq est positiviste. Il a la religion positiviste.

F. G. : Mais vous ne l’êtes pas, vous.

F. A. : Non. Mais je lis les positivistes. Je lis Auguste Comte. C’est un homme dont je me sens très proche. Un cerveau à la Kant. Et puis, qu’est-ce qu’il a aimé là-dedans, Houellebecq ? Est-ce que c’est cette religion ? Est-ce que c’est l’« ordre et progrès » du drapeau brésilien ? Ou n’est-ce pas plutôt le culte que Comte rendait à Clotilde de Vaux ?

F. G. : Cet amour chaste…

F. A. : Bien entendu.

F. G. : Mais l’amour chaste ne va-t-il pas, dans le positivisme, avec l’ordre et le progrès ? Est-ce que ce n’est pas la même chose ?

F. A. : Non, je crois que la création de la police, c’est un amour, comment dire ? Un amour pornographique. Celui dont Houellebecq, dans ses livres, passe toutes les formes en revue. Un jour – nous étions, comme d’habitude, un certain nombre autour de lui –, Breton nous a demandé : « Quelle est votre perversion sexuelle favorite ? » Ce n’est pas le mot qu’il a employé, il ne faisait pas partie de son vocabulaire, mais ça avait ce sens. Et quand il est arrivé à moi, j’ai dit : « La chasteté. » Il est d’abord resté muet. Il semblait presque fâché. Et puis il m’a dit : « Ah, mais oui, c’est vrai, Arrabal, c’est bien, ça ! C’est très érotique ! » Quant à Houellebecq, il cherche à être protégé. Il veut un masque qui le protège de l’amour et ce masque, c’est la science. Il semble n’avoir aucune forme de honte, mais il y en a une, quand même… Je me suis retrouvé avec lui dans un lieu où les gens sont nus, mais lui et moi nous étions habillés. Il y a des écriteaux qui disent : « Soyez bien élevé, enlevez votre caleçon. » Mais lui, il reste toujours habillé. Il rêve d’un amour… intemporel.

F. G. : Est-ce qu’à l’inverse vous ne vous êtes pas servis de la science, avec Panique, pour arracher les masques, pour ôter les protections ?

F. A. : Ce que nous voulions, c’était amener au monde dit sérieux, au monde de la formalité, de la sagesse…

F. G. : …de l’ordre et du progrès…

F. A. : …oui, de lui amener des choses considérées comme étant tout le contraire. Et vice-versa. Faire exploser les choses les plus folles par l’ordre et le progrès. Houellebecq, lui, attend ce qui le libèrera de ce ridicule dans lequel, peut-être, il s’imagine qu’il est en présence d’un être qu’il aime.

F. G. : J’ai l’impression que si Houellebecq a pris tant de place aujourd’hui, c’est parce qu’il reflète assez exactement quelques-unes des peurs et des espérances les plus caractéristiques de notre temps. Il me semble que la plupart de nos contemporains aspirent, comme lui, à être délivrés du risque, du ridicule, de la honte, de la dégradation – et de l’amour. Être protégé, à l’abri, est-ce que ce n’est pas le grand rêve de notre époque ?

F. A. : Pas seulement de notre époque. La réponse est, comme souvent, dans Le Banquet de Platon. C’est le dernier épisode, quand Alcibiade arrive, voit Agathon auprès de Socrate et, pour les détacher l’un de l’autre, se lance dans un éloge de Socrate. Ce qu’il raconte alors est lumineux. Depuis qu’il l’a rencontré il n’a cessé de lui faire des avances, qui ont toujours été repoussées. Il a essayé tous les stratagèmes : s’isoler avec lui, se battre avec lui au gymnase (où l’on était nu), le faire dormir chez lui. Mais, justement, ce que Socrate voulait, c’était dormir. Alcibiade, qui devait être Miss Athènes, ou plutôt Mister Athènes, essayant en vain de séduire un homme qu’il décrit comme « une boule sur une boule », le beau jeune homme rebuté par le difforme Socrate : Le Banquet se termine là-dessus. Et sur cet aveu d’Alcibiade : « Il est le seul devant qui je rougisse. »


Propos recueillis le 13 juillet 2005 à Paris
[1] Fernando Arrabal, Houellebecq, Le Cherche Midi, septembre 2005..

EL CORREO GALLEGO

EL CORREO GALLEGO


Arrabal evoca en la Fundación Cela, con Marina Castaño, su bautismo en la literatura

Con motivo del tercer aniversario del fallecimiento de Camilo José Cela, la Fundación rindió ayer un homenaje a su fundador, celebrando una serie de actos religiosos y culturales abiertos al público. A las 19.00 horas, en la iglesia de Santa María en Iria Flavia, frente a la Casa dos Cóengos donde se encuentra la Fundación del escritor, tuvo lugar una misa en memoria de CJC y del patrono de la Fundación Cela, recientemente fallecido, Agustín Sixto Seco.
A la ceremonia religiosa asistieron la viuda del Nobel, Marina Castaño, su hija, y el hermano del escritor, José Luis Cela Trulock. Presentes en el oficio estaban también los familiares del doctor Sixto Seco; el alcade de Padrón, Jesús Villamor; la directora xeral de Promoción Cultural, Mª Carmen García Campelo; el catedrático y vicepresidente de la Fundación, Darío Villanueva; el director del Padre Sarmiento, Eduardo Pardo de Guevara, y el escritor Fernando Arrabal.
Asimismo, hubo un recuerdo para el también patrono de la Fundación Carlos Casares, fallecido poco después del Premio Nobel gallego, y para Domingo García-Sabell, amigo personal de Cela e impulsor de la Fundación de Iria Flavia.
A continuación, a las 20.00 h., el paraninfo de la Fundación acogió las geniales palabras del escritor Fernando Arrabal, en un acto presidido por la viuda del Nobel, Marina Castaño. Arrabal comenzó su intervención recordando el primer contacto con Cela a través de Papeles de Son Armadans, revista en la que Arrabal publicó su primer texto en España. A partir de ahí, ambos mantuvieron una estrecha relación amistosa.
Tras analizar y explicar su relación con el autor de La colmena, Arrabal concluyó que, para los Patafísicos, a cuyo Cuerpo de Trascendentes Sàtrapas pertenecen ambos [con Umberto Eco, Dario Fo y Baudrillard], Camilo José Cela vive en una ausencia aparente, definiendo con tres características fundamentales al narrador: Genio, Ingenio e Ingenuidad.
Amigos desde 1957 Arrabal y Cela se conocieron en 1957. El Nobel gallego tenía además relación con la esposa y el hijo de Arrabal y escribió en 1967 diversas cartas en favor del escritor melillense cuando fue detenido y juzgado en España por una dedicatoria considerada "ofensiva para la patria''. Cela incluso declaró en favor de Arrabal en el proceso, lo que le acarreó una lluvia de críticas. Las trayectorias personales de ambos escritores estuvieron desde entonces llenas de encuentros, hasta el fallecimiento del Nobel gallego.

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Cartas que glosan varios años de amistad



En la correspondencia que mantenían Arrabal y Cela, que se conserva en la Fundación, se tratan temas como el significado de la palabra putear, textos para catálogos y solicitudes de firmas para distintos manifiestos. En 1999 Arrabal participó en uno de los cursos de verano de la Fundación Cela en Iria Flavia
Superadas las doce mil visitas en 2004



La Fundación Camilo José Cela, sita en Iria Flavia, recibió el pasado año 12.500 visitas presenciales, un 6,5 por ciento más que en el ejercicio de 2003, mientras que las realizadas a través de Internet llegaron a las 372.333, que supusieron una cifra superiro a los 1,6 millones de movimiento, un 380 por ciento.
La institución organizó durante 2004, entre otras actividades, cuatro exposiciones temporales, editó nueve publicaciones (cuatro de ellas digitales), desarrolló una página web, realizó 51 adquisiciones de primeras ediciones de obras de Camilo José Cela y atendió a diez investigadores.

GALICIA HOXE
FOTO:Mon
Arrabal xunto á viúva do Nobel, Marina Castaño, onte en Iria Flavia

Arrabal protagoniza a homenaxe
A Fundación Cela lembra o Nobel no terceiro cabodano

Tres anos despois do falecemento de Camilo José Cela, Fernando Arrabal regresou a Iria Flavia. O autor de obras como La torre herida por el rayo pronunciou onte unha conferencia sobre o premio Nobel galego mentres que durante a súa estadía na localidade padronesa se entregou a unha das súas grandes paixóns: o xadrez. Asistiu a algunha das partidas e chegou a reproducir mentalmente, sen dificultade, unha delas. Se para el o xadrez é a vida mesma, Cela é humana e literariamente un deus.Pregunta: ¿O xadrez parécese moito á vida?Resposta: O xadrez non é como a vida, como dicían os soviéticos, o xadrez é a vida.P: Na vida, ó final, acabamos perdendo todos...R: Os grandes teóricos do xadrez pensan que o límite extremo da beleza axedrecística está nas táboas, no empate.P:Un dos lemas fundamentais de Cela era que o que resiste, gaña. ¿Cal é o seu?R: Teña en conta que Cela como transcendente sátrapa, non tivo só unha divisa. Tivo cero divisas e infinitas visións, co cal superou a Aristóteles.P: Pero vitalmente, cre que quen resiste gana...R:Eu non teño ningún interese nesas vitorias, como tampouco tivo el interese en ningunha desas vitorias. Camilo José Cela fixo un arremedo, posto que a vitoria é a instalación do conxunto da súa vida e da súa obra.P: A satrapía dálle a un forzas para levitar literariamente...R: A satrapía, é dicir, o ter sido nomeado transcendente sátrapa, significa que non coñecemos nada ningún dos sete actuais transcendentes sátrapas do Colexio de Patafísica, pero os miles de membros do Colexio de Patafísica nos coñecen moi ben.P: De Cela dixéronse moitas cousas, ¿desde a súa óptica persoal que diría? R: Eu penso que de Cela case non se dixo case nada. Dixéronse lugares comúns para alguén que non era común nin era un lugar.P: Humanamente, ¿que significou el para vostede?R: Deus, divinamente. Significa un deus.P: E literariamente...R: Deus tamén, posto que deus somos nós e Cela puidese dicir que aspiraba máis que ós premios á canonización.P: ¿Como lle gustaría que lle pillase a morte do espírito?R: Como a de Cela e a de Marcel Duchamp, falando cos amigos, meténdome na cama despois, ler un bo libro ante unha boa foto e entrar na ausencia aparente. Nós nunca dixemos que Cela morrese. Iso é unha blasfemia. Entón falou con Marina...,sabe vostede que os inimigos de Marina lle chamaron Mariña Mercante, cando eu podía chamala 'Guardiamarina'. Falou con Marina, falou co inmemorable Tomás Cavanna e entón, como o personaxe de Lewis Carol, atravesou o espello e entrou na ausencia aparente.P: ¿Por que escribiu aquela dedicatoria que había de supor o seu procesamento no franquismo e a posterior intervención de Cela no seu favor?R: Pode vostede imaxinar que haxa un accidente que poida dobrar o espírito e o ánimo da miña obra. Cando ese rapaz me fixo a homenaxe de me pedir unha dedicatoria blasfema e pánica, eu deille con moitísimo gusto, sen poder imaxinar cales ían ser as consecuencias.

"Eu non teño poder para impulsar nada, nin sequera o meu pene"



P: A Cela resumiuno vostede en tres palabras: xenio, enxeño e inxenuo...R: Sabe vostede que inxenuo é unha palabra latina que significaba aquela persoa que non era nin liberto nin escravo. Ese foi o primeiro inxenuo. No século XVI Moliere crea a palabra inxenuo para unha muller, a inxenua. Pero quen vai levantar a inxenuidade e o inxenuo á altura do personaxe mítico vai ser Cela.P: Esta fin de semana celebrouse en Iria Flavia un campionato de xadrez e vostede fala de que se converterá no futuro en algo importante, ¿vai contribuír a impulsalo?R: Eu non podo ser impulsor de nada, nin sequera conscientemente do meu pene. Eu non podo nin sequera impulsar o meu pene que se converta en falo porque este é un dos misterios máis grandes que teñen os homes. ¿Como por motivos espirituais hai un motivo físico? Iso estao a estudar unha das comisións do Colexio de Patafísica, pero eu non podo impulsar nada, o que si podo dicir é que me lambo e me relambo de gusto de imaxinar o que vai ser o próximo torneo Cela.

The Incredible Ubu and “Toiletgate”

The Incredible Ubu and “Toiletgate”
By Fernando Arrabal
The Incredible One scheduled a poor farce entitled “The Reunification Match” (between the mighty and esteemed chess masters Topalov and Kramnik). This vaudeville “feted the ceremony of confusion,” perhaps in tribute to my book, “Arrabal célébrant la cérémonie de la confusion”? The scene was set in “his” city of Elista, the seat of his government and the capital of Kalmykia. During the meeting, urinary strife triumphed over chessboard competitions, rites, and festivities. Despite its undeniable acuity, this duel will not be recorded in the history of the Noble Game, but will be bequeathed complete with sack, ropes, and videos to the domain of bathroom humor under the rubric of “Toiletgate.” Right amid the Conspiracy of Imbeciles and its home-cooked casseroles.
The Incredible One has just been re-elected President of the World Chess Federation (la FIDE). He will be receiving for the game – as well as his own personal games – a sum approaching ten million dollars. Yet he will stint on the required Candidate’s Tournament, as the world’s tenth ranked player, Israel’s International Grandmaster Boris Gelfand – a voice in the wilderness – charges. Russia’s International Grandmaster Oleg Korneev adds that only a minuscule portion of this jackpot and pork will trickle down to professional chess players.
Until quite recently, The Incredible One (President of Kalmykia) and the World Chess Federation had not tasted wine, until doctors instructed him that long hours spent at very high altitudes aboard planes, increasingly exposed him to radiation. A glass of wine of good quality helps to “dissolve the radioactive knots (sic),” the journalist Yuri Vasilyev writes in his “Kirsan the Incredible.” In his book’s introduction, Vasilyev informs us that Kirsan “works for almost 24 hours a day, in average he sleeps for four hours; he has at least three or four air flights a week and manages to do damn lots of things.”

Musings on Chess Today

Fernando Arrabal: Musings on Chess Today 01.11.2006 He is one of the most famous and prolific of Spanish playwrites, poet, novelist and director. According to a a Dictionary of Literature his theatre is "a wild, brutal, cacophonous, and joyously provocative world." Fernando Arrabal is also passionately interested in chess, and has sent us an essay on the game today. We publish it with reverence, as submitted. "ChessBase"
Fernando Arrabal is a Spanish playwright, screenwriter, film director, novelist and poet. He was born in 1932 in Melilla, Spain, but has been living in France since 1955. His father, an army officer, was sentenced to death at the beginning of the Spanish Civil War for being opposed to the right-wing military coup led by Generalissimo Francisco Franco. His sentence was commuted to hard labor for life.
Fernando Arrabal has directed seven full-length feature films, published over one hundred plays, fourteen novels, seven poetry collections, many essays, and his celebrated “Letter to General Franco” during the dictator’s lifetime. His complete plays have been published in a number of languages.
The Dictionary of Literatures in the French Language (Dictionnaire des littératures de langue française) writes: ‘’Arrabal’s theatre is a wild, brutal, cacophonous, and joyously provocative world. It is a dramatic carnival in which the carcass of our “advanced” civilizations is barbecued over the spits of a permanent revolution. He is the artistic heir of Kafka’s lucidity and Jarry’s humor; in his violence, Arrabal is related to Sade and Artaud. Yet he is doubtless the only writer to have pushed derision as far as he did. Deeply political and merrily playful, both revolutionary and bohemian, his work is the syndrome of our century of barbed wire and Gulags, a manner of finding a reprieve.’’
Oil on canvas (116 x 88 cm)
By Fernando San Martín Félezafter a sketch by Fernando Arrabal, completed on October 6, 2006.
Seated: The chess champions Mikhail Tal (1936-1992), José Raúl Capablanca (1888-1942), Emanuel Lasker (1868-1941), Wilhelm Steinitz (1836-1900), and Bobby Fischer (b. 1943). Standing: Boris Spassky (b. 1937), the playwright Arrabal (b.1932), and Alexander Alekhine (1892–1946). On the right-hand side: Paul Morphy (1837-1884), François-André Philidor (1726-1795) and Ruy López de Segura (1530-1580). In photos on the left-hand side: Vasily Smyslov (b. 1921), Machgielis (Max) Euwe (1901–1981), Anatoli Karpov (b. 1951), Judit Polgár (b. 1976), Tigran Petrosian (1929-1984), and Mikhail Botvinnik (1911-1995). Click picture to enlarge.

TOCA SEXO, Dominical,7-XI-04

TOCA SEXO, Dominical,7-XI-04

Entrevista a Arrabal de Pepe Colubi
Foto /Lis

¿Cuál fue su primer acto sexual?
No creo que esta primicia tan turbadora y perturbadora, tan mítica y mística hubiera podido afrontarla sin su implicación religiosa y orgiástica. Las ansias, lengüetazos y frotes se sucedieron como una letanía de la impudicia. Eran oraciones repetitivas ¡y tan guarras! Litaneia para los griegos valía por petición.

¿El amor se hace o se nace?
En mi caso la primera convulsión nació con impúdicos toques torpes y ajenos seguidos de la súplica de culminar o explotar Lo que me pareció un apoteosis de pecado me condujo a lo que creí que había sido un éxtasis de vicio.

¿Cómo definiría su relación con el sexo?
Incontrolable como un terremoto. Los tibios según el Apocalipsis, son los mortales que >serán vomitados por la boca= . Los indiferentes o pusilánimes, ¿son aquellos que no saben mostrarse ‘ni calientes ni fríos’?

¿Es el sexo el gran tema literario?
Siempre que sea vergonzoso, diabólico y sobre todo secreto. El seductor o la seductora, ¿es el ser que conduce lejos del camino recto y arrastra a la depravación? Para los latinos se ducere significa separar, atraer fuera: es decir lo que intenta todo diablo o toda diablesa.

¿Qué representó el caso Lewinsky en la evolución sexual de occidente?
¿Fue la historia de una de tantas parejas? Parece ser que practicaron la Comunión de los Santos en el ojo oval del universo cachondo.

¿No es una pena que sólo haya dos sexos? ¿No serían mejor trece, noventa o mil y pico?
Precisamente la Comunión de los Santos, que es un artículo de fe, reconoce la unión, no de mil y pico, sino de todos los mortales. Implica que los méritos, succiones, caricias y atenciones de unos aprovechan a todos. El desenfreno del dúo juega en este concierto un papel mínimo. La cama redonda o el cambio de parejas excluye tanto al piadoso, como al celoso.

Un personaje creado por Woody Allen ha dicho: “sólo creo en el sexo y en la muerte”. ¿Le parece suficiente?
El sexo para el religioso es el órgano corporal que conduce al mal, a su exabrupto el pecado y a su final trágico que es la muerte.

Sigamos con Woody Allen: ¿masturbarse es hacer el amor con alguien a quien amas?
Los voluptuosos, hasta los más ancianos y aunque sea de paso y a mano, piden actualmente pecar con los órganos genitales. Pero los justos le rogaban a Dios: >Líbranos del mal=.

¿Para qué sirve la pornografía?
Para sus protagonistas, espectadores o videntes ¿intentar, con poco predicamento, transformarse en endemoniados? En épocas religiosas, se acusaba con este epíteto a los individuos con el diablo en el cuerpo. En Francia es el título de una novela mítica de un ideario similar. También se dijo que el pornógrafo o endemoniado tenía su armonía tan perturbada o destruida que sólo vivía para el vicio de fornicar.

Todo el mundo habla del sexo virtual en internet ¿será para tanto?
El sediento de placer busca el recogimiento (>recolligere=). Era la actitud espiritual gracias a la cual el individuo en otras épocas, entrando en sí mismo, realzaba su espíritu con la meditación. Hoy este recogimiento ante la pantalla conduce al gozo sin necesidad del otro.

Se atribuye a Remy de Gourmont la siguiente frase: “De todas las aberraciones sexuales, la más singular tal vez sea la castidad”. ¿Qué opina?

Los grandes castrados como Abelardo o Picasso (tras su operación por urólogos torpes en el Hospital Americano de París) no exhibieron la transgresión que significa la castidad. Ni hicieron piedra de escándalo de ella, ni tan siquiera trataron de provocar a la conciencia de la mayoría inclinada al adulterio o a la “felación”. Los religiosos transformaron Skandalon, la trampa griega, en la acción por la cual se cae en el pecado.


¿Corren malos tiempos para el sexo?
Los viciosos por corrección política practican ad contrariam causam, la Prudencia que impone la mayoría. Esta virtud cardinal permitía en otros tiempos distinguir el Bien del Mal y gracias a ella el religioso podía dejar de sodomizar a diestro y siniestro. Hoy a causa de ella ¿el libertino recupera el edén original? El acto sexual ¿es un introito? Durante el Introitus se entraba en la ceremonia religiosa; designaba el canto del comienzo.


Usted dijo en cierta ocasión: “La improvisación es como el músculo del pene, no hay manera de gobernarlo”. ¿Le puede a usted... la improvisación?

De espalda a toda improvisación todos los años la Academia francesa otorga un premio a la mejor “modista de corpiños, virgen preferentemente@. Este galardón rutinario comenzó a distribuirse en la época en que el divino Marqués concibió el sadismo. Según el Génesis la tierra, al principio de la creación, conoció el tohou bohou. ¿Vivimos un parecido caos de ruido y de furor pero también de carencia absoluta de improvisación?... ¿de efímeros pánicos de amor y libertad ?

Pliegos de Yuste

Pliegos de Yuste (2004): Entrevista a Arrabal de Póllux Hernúñez. Lire "L' Entrevista a Fernando ARRABAL" ( fichier PDF )
http://www.arrabal.org/5-12arrabal.pdf

Fando & Lis, critiques spontanés Paris

Fando & Lis, critiques spontanés Paris à voircomédiens parfaits, une histoire qui fait réfléchir tous les ingrédients pour passer un bon moment de théâtre intelligentécrit le 22/11/2006 par : foupog (1 critique )

# -à ne pas rater - une bonne soirée une pièce qui fait réfléchir sur un sujet d'actualité l'interprétation est épatante on en redemandeécrit le 23/11/2006 par : ics (1 critique )

# -fando et lis - Le sujet n'était pas facile et voilà c'est fait et bien. Justesse du ton mise en scène subtile pudeur et rigueur. Ils ont beaucoup travaillé c'est sûr mais en douce...Et ça c'est très très bien . Un travail ESSENTIEL -loin des discours et de l'à peu près qui nous incite à penser ces sacrés rapports des filles et des garçons. ALLEZ-Y 2 FOIS. La deuxième emmenez vos ados! VERY IMPORTANT PROJECT Merci à toutes et tousécrit le 14/12/2006 par : isa (1 critique )

#
-excellent ! courrez-y ... - très bon spectacle, des émotions jouées-vécues, une force et une efficacité à toute épreuve ! Merci encore à vous de nous embarquer avec vous en route pour Tar, de nous faire frémir, rire, jaune parfois, pleurer...écrit le 14/12/2006 par : lil (1 critique )

# -Fando et Lis - Cette pièce m'a fait passé un très bon moment. Ce mélange subtile entre humour et tragédie est étonnant. De même, le jeu des acteurs est remarquable. Il faut aller la voir pour tous ces aspects et en plus, le thème de la pièce traite d'un sujet très important à savoir la violence.écrit le 30/11/2006 par : piut (1 critique , a vu cet évènement avec BilletReduc.com )

# -Chouette !!! - Nous avons passé un très bon moment. L'accueil était très agréable, l'espace nouvellement aménagé. La pièce est magnifiquement interprétée et nous sommes pris parfois par des bouffées fortes d'émotions. Belle illustration des ravages de la passion ! Troupe à encourager ! écrit le 30/11/2006 par : fabulon (3 critiques , a vu cet évènement avec BilletReduc.com )

# -superbe !! - Très bon moment à passer avec ces 5 excellents comédiens, d'une rare justesse et d'une grande sensibilité !écrit le 30/11/2006 par : eld (1 critique )

# -superbe - j'y suis allée emmenée par un ami et je n'ai pas regretté quel beau texte servi par de bons comédiens on ne s'ennuie et voir une pièce à 19h30 quelle bonne idéeécrit le 25/11/2006 par : tortue (1 critique )

# -épatant - un très bon moment allez voir "où va le vent" (vous comprendrez en voyant le spectacle)on en redemande Une bonne pièce à 19h30, un petit pot dans un bar sympa du quartier après, une soirée réussie ne ratez pas çaécrit le 28/11/2006 par : niko (1 critique )

# -BOULVERSANT - Acteurs, texte, mise en scène : une recette bouleversante. La dureté des sujets: la violence conjugale, la folie, la paralysie, sont traités avec avec une grande sensibilité, on arrive même à rire parfois et on se demande comment et pourquoi mais tout est homogène. J’adore !!! écrit le 03/12/2006 par : brary (1 critique )

# -Puissant - Je suis sorti avec plein d’images dans la tête. J’ai pris une grande leçon de théâtre. C’est simple tout est d’une force impensable. La mise en scène met en valeur le texte et des comédiens merveilleux ! A voir…écrit le 03/12/2006 par : gege (1 critique )

# -Saisissant ! Bravo !!! - J’ai été cueilli… Je n’avais pas du tout envie de voir cette pièce que je pensais trop triste pour moi et j’ai fini par céder… je remercie celle qui m’a emmené et BilletRéduc. J’ai vu une pièce venue d’ailleurs, un univers totalement décalé sans être intello (je supporte pas ça). Je me demande comment ils ont fait… La pièce que je connaisssais pas est magnifique et servie par une mise en scène qui m’a laisssée désarmée… Les comédiens vivent et ne jouent pas, c’est hallucinant ces transitions d’émotions. On se demande si la comédienne (Lis) est paralytique, si le comédien (Fando) est si fou que ça et si les trois autres sont si barrés que ça… Ouf au salut on s’apperçoie que c’était du théâtre, on l’avait presque oublié ! Spectacle intense et fou à découvrir…écrit le 03/12/2006 par : syl (1 critique )

# -Ca fait du bien !!!! Merci à vous ! - Tout ce que je peux dire c’est que mes émotions ont été largement mises à l’épreuve. Pertinent du début à la fin, du théâtre moderne sans être prise de tête. Des trucs que l’on a jamais vu, enfin moi, je suis resté tout bête à la fin et je ne voulais pas que ça s’arrrête, j’en ai presque voulu aux acteurs de venir saluer, j’en voulais encore… On a envie d’aller sur scène pour calmer Fando et sauver Lis et de demander aux trois de l’inconscient de raisonner Fando. C’est la première fois que j’ai envie d’intervenir pour sauver les personnnages. Sensation de dingue, non ? La mise en scène nous tue n’inventivité et de richesses. Les comédiens sont extraordinnaires ! Alors ça fait vraiment du bien de voir ça ! A vous : Ne vous en priver pas !!! écrit le 03/12/2006 par : franckyyy (1 critique )

# -Intéressant à voirTrès belle mise en scène malgrè le caractère dénudé. Pièce supprenante avec quelques scènes qui vous mettent mal à l'aise. Bravo à Fando et Lis, très beau jeu.écrit le 06/12/2006 par : cathy (1 critique , a vu cet évènement avec BilletReduc.com )

# -C'est chouette baboch - Comme dit mon copain Zeg, "changez rien, en mieux" Pour les ceux qui aiment bien le théâtre, d'ou qu'on en r'ssort pas comme avant, Fando et Lis c'est rudement chouette surtout que c'était pas évident: on était peu, dans la belle salle, pour des comédiens, c'est chiant, mais ils ont joué quand même à fond, voire peut être même à 100%. Du coup, les gens, si tu y vas avec des potes, tu vas kiffer pareil que moi en plus vivant. Le texte déchire ça race, normal c'est Arrabal, et tout de la mise en scène aux jeux des comédiens nous laisse au bord de la compréhension, pas loin, pas loin... c'est fourré de charme un brin torturé parce que parait il,la vie c'est pas tout les jours Brad Pitt ( bon la je le dis avec mes mots) mais même pour ceux qui avait prévu de rester devant le prime de la Star ac,il va falloir qu'ils changent leurs plans PS: l'ouvreuse m'as offert un Snickers, et en face ils font tapas gratos quand tu va voir le pestacle, en gros je suis content... écrit le 08/12/2006 par : elieguillou (1 critique , a vu cet évènement avec BilletReduc.com )

PHOTOS DU PREMIER FILM DE HOUELLEBECQ
















lundi

El «rap» de Arrabal

El dramaturgo participa esta tarde en un debate en el Antiguo Instituto
Gijón, 21.3, 06 J. C. GEA
No encontró «quorum» suficiente Fernando Arrabal para su rueda de prensa de ayer en Gijón, pero eso no impidió que el fundador del «teatro pánico» obsequiase a sus anfitriones y a algún representante de los medios con uno de sus portentosos «rap» biográfico-culturalistas. Los representantes de la revista teatral «La Ratonera», que organiza para esta tarde a las 19.30 en el Antiguo Instituto un debate con el autor, se encontraron con que a esa misma hora la atención mediática estaba puesta en la Alcaldesa de la ciudad y en otro tipo de teatro pánico -el de la superreforma al alza del superpuerto-, por lo que el dramaturgo se limitó a sentarse junto a su silenciosa esposa, Luce, en las sillas del público, y a abrir la siempre sorprendente espita de su boca, conectada a un depósito vital, a una reserva cultural y, sobre todo, a una selva neuronal en permanente estado hiperactivo.
Arrabal empezó abruptamente por el ajedrez y acabó, aún más abruptamente, con un repentino «bueno, nos vamos a comer, ¿no?», a mitad de una frase en la que había invocado a la «prodigiosa escultora Camille Claudel, amante de Rodin», y cuyo predicado quedó enredado en alguna parte de la «selva selvaggia» del cerebro arrabaliano. Es de suponer que la conexión entre ambos fragmentos de discurso sería reconstruible con los testimonios de todos los presentes -entre otros el crítico teatral Boni Ortiz, el gerente de la Fundación Municipal de Cultura, Julián Jiménez, o la organizadora de Feten, Marián Osácar-, pero para un solo cerebro es poco menos que misión imposible.
Arrabal -apasionado confeso del ajedrez, al que dijo haberle dedicado «tres años íntegros» de su vida y del que escribe en el semanario «L'Express»- estaba loco por saber cómo va el Campeonato del Mundo femenino «que se disputa en una ciudad rusa que lleva el bello nombre de Ekaterina, como la primera mujer de mi muy culto y admirado Stalin», del que también recordó que era un «pedófilo platónico». El tablero le dio pie a Arrabal para sacar a las negras a Unamuno, -«a quien le cabreaba enormemente perder al ajedrez»- y a otro mal perdedor, el dramaturgo francés Jean Genet.
«Jugábamos mucho, y no es que yo fuera peor que él, sino que él había aprendido en la cárcel y no era rival para alguien con formación teórica. Un día se hartó y me dijo que iba a rezar a Dios. ¡Pero si tú eres ateo!, le dije. Y él dijo que le rezaría a Zaratustra. Bueno, le dije yo, quizás ése sí te ayude», relató Arrabal.
A continuación obsequió a los presentes con una teoría general: «Los grandes jugadores de ajedrez de cada época son siempre de la potencia dominante». Puso unos cuantos ejemplos de maestros españoles del Siglo de Oro, italianos del Renacimiento, franceses de la época revolucionaria y rusos, «funcionando como una célula soviética» de nuevo bajo el «culto Stalin».
Pero lo más jugoso fue la anécdota sobre el día en el que Fernando Arrabal le leyó la mano a Juan Carlos I. «Fue en una cena en la que todos íbamos de pingüinos, yo también, por uno de esos premios que se conceden, aunque a mi edad el único premio que me interesa, y que no voy a recibir, es la santidad», prologó el dramaturgo.
Luego confesó que, compartiendo mesa «bastante bebido ya» con el monarca, y después de los discursos de homenaje, éste le advirtió de que ahora le tocaba al homenajeado. «"Pero mire usted -porque nos tratábamos de usted-, es que yo en este estado no puedo", le dije al Rey. Y él me dijo: "Pues entonces baile usted"». Arrabal lo hizo («y creo que no mal»), aunque en el trance derramó su copa de vino, por lo que el Rey le dio la suya propia, «aunque eso no sea relevante porque el Rey siempre es muy agradable con las gentes de la cultura».
Lo cierto es que, según el «rap» de Arrabal, y en mitad de discusiones sobre si el monarca había de pagar o no impuestos como «su prima» Isabel de Inglaterra, el dramaturgo acabó demostrando que Juan Carlos I, como lo indicaba su conducta, «tiene en la mano la línea de la intuición, línea que no tenía ninguno de los presentes», incluido Camilo José Cela.
«Pero eso no significa que yo haga predicciones sobre el futuro», advirtió el narrador, que de ahí saltó a las matemáticas de Poincaré -«que tiene un nombre perfecto para matemático: "Point", punto, "caré", cuadrado»- a su idolatrado matemático de los fractales, Mandelbrot, y de ahí, a otro dramaturgo francés, Paul Claudel, y a su hermana Camille.
En este punto debieron sobrevenir el hambre y la curiosidad deportiva a Fernando Arrabal, quien interrumpió su divertida salmodia para bajar a los ordenadores y consultar en internet cómo van los tableros en Ekaterineburgo, y partir luego, previsiblemente en pos de unos arroces, que sirvieron estupendamente como unos dignos puntos y seguido en su pasmoso torrente verbal.